Texte Delphine ADER
Parti au bout du bout du Japon, le cœur ouvert et la naïveté en bandoulière, Benoit pensait pouvoir photographier dame « Sérendipité ».
Car il en avait une idée bien à lui : les conditions extrêmes de son voyage, ne pas savoir où il mettait les pieds ni son trépied, et le lâcher prise sur les réglages lui permettraient bien de provoquer d'heureux hasards sur ses clichés.
Ainsi, obtiendrait-il ce qu'il croyait pouvoir saisir.
C'était sans compter la vraie nature de la sérendipité ainsi définie :
« découverte accidentelle de ce que l'on ne cherchait pas particulièrement, sinon pas du tout. » En d'autres termes, la « malicieuse » n'existait que si l'on n'y songeait pas, et disparaissait dès lors qu'on y pensait.
Vouloir la mettre en boite était illusoire, et courir après était vain.
Certes, du cadrage non contrôlé au bleu turquoise offert par la pellicule,
Benoit obtint des effets presque fortuits et s'en émut quelque peu.
N'était-ce pas un début?…..
Après s'être persuadé qu'il était sur la bonne voie, après s'être un peu égaré dans tous les sens qu'il avait donné à ce terme, il finit par comprendre ce que n'était pas la sérendipité. À trop la chercher il ne l'avait évidemment pas trouvée.
À vouloir se laisser surprendre, il ne lui avait pas laisse de place...
De sérendipité en « sérendépité », il n'y eut qu'un pas que Benoit franchit, assez heureux finalement de ce néologisme impromptu.
Enfin de l'inattendu !
Alors oui, ses photos ne reflétaient pas vraiment le thème de l'année, mais elles lui avaient permis de cheminer vers la sérendipité qu'il croyait avoir comprise en la proposant, et qui lui avait échappé jusqu'au bout du bout du Japon

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